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Focus #8 : La chasuble de Sainte Bathilde

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Qui était la reine Bathilde ?

Pour tenter d’expliquer la raison de la réalisation d’un tel vêtement, il est nécessaire de revenir à la vie de la reine Bathilde.

Bathilde est une esclave saxonne. Elle épouse le roi de Neustrie Clovis II vers 650. Elle assure la régence au décès du roi (env. 657) pour ses trois fils mineurs qui deviendront les rois Clotaire III, Childéric II et Thierry III. Ne pouvant compter sur l’aristocratie guerrière, elle gouverne avec l’aide des anciens conseillers religieux de son mari, les évêques Eloi et Genès. Elle fonde deux monastères, l’un masculin à Corbie (Picardie), l’autre féminin à Chelles (Ile-de-France). En 664-665, la reine se retire dans celle-ci à la majorité de son plus jeune fils. A sa mort, vers 680, elle est inhumée dans le choeur de l’abbatiale Sainte-Croix à Chelles qu’elle a fait construire.

Si Bathilde s’est retirée dans une abbaye et en suit les règles, elle ne sera jamais religieuse et restera la reine-mère de trois rois. Il est ainsi possible que ce vêtement ait été brodé à partir de ses véritables bijoux afin de lui permettre de rappeler son rang social en certaines circonstances sans enfreindre la règle de pauvreté du monastère. Le contenu de sa sépulture est mis en reliquaire en 833 qui sera déposé à l’église paroissiale Saint-André à la disparition de l’abbaye en 1791.

La chasuble

La chasuble de Bathilde (également souvent mentionnée sous le terme de tunique ou encore chemise de Sainte-Bathilde) est classée aux Monuments Historiques en 1948. C’est la pièce la plus exceptionnelle conservée au musée de Chelles. Elle a été léguée à la Ville par le curé Alfred Bonno en 1921.

Seule la partie avant du vêtement est conservée [figure 1]. C’est une pièce de lin rectangulaire de 1,17 m sur 0,84 m avec une échancrure pour le passage de la tête. L’absence de couture sur les côtés indique que ce vêtement devait se porter au-dessus des autres, flottant ou maintenu par une ceinture.

Des broderies en fils de soie reproduisent une série de bijoux de manière très réaliste et détaillée. La couleur des fils évoque les matériaux originaux : jaune pour l’or, rouge, vert et bleu pour les pierres ou les émaux. Trois colliers se superposent. Les deux premiers [figure 2], au plus près du col, évoquent l’orfèvrerie cloisonnée mérovingienne, d’or serti de pierres précieuses. Une grande croix pectorale [figure 3], sertie elle aussi de pierres précieuses, est suspendue au second collier. Le dernier collier n’est plus visible qu’à partir des trous d’aiguille et des médaillons qui y sont suspendus : simples pendeloques en forme de larmes mais aussi oiseaux, personnages et monstres affrontés autour d’un arbre de vie.

L’ensemble des bijoux représentés, dans la technique et l’iconographie, évoque l’orfèvrerie de la seconde moitié du VIIe siècle et du début du VIIIe siècle, proche d’autres bijoux germaniques, lombards et byzantins.

L’aspect général de la broderie indique que l’artiste a probablement eu les bijoux originaux sous les yeux pour les reproduire. La richesse visible de la parure indique son appartenance à un personnage de haut rang et la place importante faite à la croix son implication dans la vie religieuse.

Pour aller plus loin...

Jean-Pierre Laporte, La Chasuble de Chelles, Bulletin du Groupement Archéologique de Saine-et-Marne, n°23, 1982, pp.208-281, lien.

Jean-Pierre Laporte : Le trésor des saints de Chelles, Société Archéologique et Historique de Chelles, Chelles 1988.

Jean-Pierre Laporte, Raymond Boyer : Sépultures et reliques de la reine Bathilde et de l’abbesse Bertille, catalogue de l’exposition du musée de Alfred Bonno, Chelles 1991.

Blog Patrimoine archéologique urbain, Chasuble de la reine Bathilde, 18 novembre 2016, lien.

Passion médiévistes, Vies de médiévaux #3 - Bathilde, l'esclave devenue reine, 15 septembre 2019, lien.